Expressionnisme organique dans des entrelacs aux arabesques

primitives

Par Gérard Gamand

Rencontrer le peintre taïwanais A-Sun Wu est toujours un moment précieux. il défriche avec patience un nouveau territoire pictural qui plonge ses racines dans l’histoire de toute l’humanité.


Par Gérard Gamant


Lorsque nous avions fait la connaissance d’A-Sun Wu, le magazine Azart en était à ses débuts (Numéro 2, été 2002 Ndrl). Trois ans plus tard il nous a semblé opportun de venir découvrir le nouvel atelier qu’il vient d’acquérir et de faire le point sur ses travaux. Pour cela il nous fallut prendre le RER en direction de la gare de Villeneuve Saint-Georges où la charmante assistante de l’artiste vint nous accueillir.

A quelques centaines de mètres nous découvrîmes alors un atelier aux dimensions des travaux de l’artiste. Une ancienne usine de plus de 1.000 m2 qui a été restaurée avec un goût très sûr. Elle ouvre sur un patio intérieur, planté de bambous, à la sérénité toute orientale.

Indépendamment de ses travaux picturaux, dont nous allons reparler plus loin, Wu a beaucoup travaillé sur un ensemble de sculptures totémiques monumentales (de plus de 15 m de haut !) et il existe un projet d’implantation, que nous avons pu voir, le long des Champs Elysées ! Malheureusement pour l’artiste, les relations, les relations triangulaires France-Chine-Taïwan, ne facilitent pas l’aboutissement de ce projet splendide (la France ne souhaite pas contrarier la Chine par la mise en avant d’un artiste taïwanais…). Quel dommage pour les parisiens ! Mais ce n’est peut-être de partie remise puisque les sculptures exixtent.


« Au cours des vingt dernières années, j’ai parcouru le monde dans ses terres


primitives ».

Aujourd’hui nous intéresserons davantage à sa peinture. Nous avons toujours beaucoup aimé cette écriture qui semble sortir de terre. A-Sun Wu sait utiliser les rouges, les noirs et les blancs comme personne pour tracer des visages, des corps et des têtes intemporelles. Il nous confie : »Au cours des vingt dernières années j’ai parcouru le monde dans ses terres primitives. Dans l’art des tribus autochtones taïwanaises, le rouge est la couleur principale.Tous les ans chez les peuples Dogon du Sarabu africain, du sang animal est versé sur le toit des maisons pour se protéger dans l’année à venir. Dans ma création personnelle, les sensations dégagées par ce rouge de l’Orient sont une source d’énergie mouvante, quasi mécanique. L’énergie solaire est la source du cycle de la vie sur terre. L’énergie puissante et mouvante de ce rouge s’exprime dans l’étendue calme et spacieuse du blanc, et se fait diriger par la force du noir. Tel est le sens de la présence de ces trois couleurs sur mes toiles » A-Sun Wu est un grand voyageur. Il n’a pas hésité à partir seul pendant plus de dix ans à la recherche de sa vérité. Il a arpenté l’Afrique, l’Amazonie, le Pacifique Sud pour découvrir les secrets des tribus les plus reculées.

Il en est venu complètement changé. Son Expressionnisme organique flamboie dans des entrelacs aux arabesques primitives. Il invente une écriture qui abolit les perspectives. Il nous explique : « Le visage et la tête sont des thématiques récurrentes dans mes œuvres, Je transcris l’objet tridimensionnel sur une surface bidimensionnelle en transcendant la distance. Or la notion de distance est liée à l’existence d’un point de référence dans l’espace. Ceci fausse la conception que nous avons du temps. En réalité dans l’Infinie étendue de l’univers il est peu probable d’établir l’existence d’un point de référence quelconque, donc encore moins celle d’un temps et de son origine ».


Une frénésie de vie brossée à grands coups de chromatisme incandescent


Tout cela est dit avec un grand calme et une force de conviction qui « vient de loin ». Au mur de l’atelier, plusieurs grands formats attestent de la réalité de ses recherches. Nous songeons à la très grande toile : « Tursa avec sa maman et ses trois tantes » réalisée avec un mélange d’acrylique et de poudre de coquillage qui ne mesure pas moins de 205 x 394,5 cm ! L’artiste a tracé à vif dans un méandre primitif toute la complexité humaine.

Il ajoute « L’activité artistique est une quête constante de la vérité. Pour cela, l’art doit se fusionner avec l’univers à travers ces symboles et ces couleurs, je a représenter une direction dépourvue de direction, un univers dépourvu d’espace, ainsi qu’un temps dépourvu de réalité. Telle est la vérité que je voudrais exprimer. »

Nous n’avons que rarement vu une telle sarabande de signes, une telle frénésie de vie brossée à grands coups de chromatisme incandescent. Philippe Sollers avait écrit à propos de Willem de Kooning : « C’est un art de la convulsion » ; ne pourrait-on pas le paraphraser en parlant d’un art du bouleversement à propos d’A-Sun Wu ? En tout cas, assurément, un très grand artiste.


<